Quand on prend une chips, pourquoi en veut-on toujours dix autres ?

Dif­fi­cile de se con­tenter d’une seule chips. Quand on en prend une, on a sou­vent envie de rep­longer la main dans le paquet une, deux, trois fois et plus encore. Com­ment expli­quer ce com­porte­ment addic­tif ? Les sci­en­tifiques se démè­nent.

Chips

« Allez, encore une petite et j’arrête. » Et puis, mal­gré la volon­té, on en reprend une autre, puis une autre… Avec les  chips, pas facile de dire « stop ! ». Mais pourquoi sommes-nous tous accros aux chips, cac­ahuètes et autres gâteaux apéro ? La réponse serait dans la com­po­si­tion de l’aliment.

Une addiction aux chips due au gras ?

Bap­tisé « hyper­phagie hédon­iste » (com­pren­dre « l’ingestion de grande quan­tité de nour­ri­t­ure pour le plaisir »), le phénomène d’addiction aux chips sème le trou­ble au sein du corps sci­en­tifique. Pour Tobias Hoch, un chercheur alle­mand de l’université Friedrich-Alexan­der d’Erlangen-Nuremberg, il pour­rait être dû à la présence de gras et de glu­cides dans l’aliment. C’est du moins ce qu’il avance dans sa dernière étude, présen­tée à l’occasion du 245ème Con­grès annuel de l’Amer­i­can Chem­i­cal Soci­ety (7–11 avril 2013).

Afin de véri­fi­er son hypothèse, il a pro­posé à des rats trois gamelles : une pre­mière con­tenant leurs boulettes habituelles, une deux­ième rem­plie d’une mix­ture à base de gras et de glu­cides, une troisième avec des chips. Bilan : les rats ont mangé à peu près la même quan­tité dans les trois plats mais ont man­i­festé plus de plaisir lorsqu’ils se sont nour­ris de chips. L’hypothèse du Pr Hoch tombe à l’eau.

En effet, quand les rats man­gent des chips, le chercheur a remar­qué par le biais d’une IRM que les sys­tèmes de récom­pense et d’addiction s’intensifiaient. Reste à iden­ti­fi­er la source de ce proces­sus.

Si la rai­son de cette addic­tion ne provient pas des glu­cides et du gras, alors pourquoi nous ruons-nous sur les chips ? Le Pr Hoch est con­va­in­cu qu’il existe bien un ingré­di­ent à l’origine de l’hyperphagie hédon­iste, un déclencheur molécu­laire qui stim­ule le par­tie « récom­pense » du cerveau. Oui, mais lequel ? Tobias Hoch pour­suit ses recherch­es et envis­age le recours à l’IRM sur des humains.

Vers un traitement contre la malbouffe ?

Si les sci­en­tifiques parvi­en­nent à com­pren­dre le phénomène, ils pour­raient met­tre au point des médica­ments ou des nutri­ments à ajouter à la nour­ri­t­ure pour lut­ter con­tre l’addiction aux chips et autres ali­ments addic­tifs issus de la junk food. Aux États-Unis, deux tiers des obès­es ingur­git­eraient des paque­ts de chips en entier.

Chips, marijuana : une molécule en commun

Le Pr Hoch n’est pas le seul à s’être penché sur l’addiction aux chips. Dans une étude pub­liée en 2011 dans Pro­ceed­ings of the Nation­al Acad­e­my of Sci­ences (PNAS), des sci­en­tifiques ont décou­vert l’origine du proces­sus d’addiction aux ali­ments gras. Il s’agirait de l’endocannabinoïde, une molécule fab­riquée par l’organisme qui ressem­ble en plusieurs points à une sub­stance chim­ique présente dans la mar­i­jua­na. Elle provo­querait plus ou moins le même effet que celui pro­duit par la drogue. C’est cette molécule qui serait à l’origine de l’addiction aux ali­ments très gras comme les frites et les chips.

Les endo­cannabi­noïdes ont été décou­verts il y a quelques années, lorsque des chercheurs qui analy­saient les effets du cannabis sur l’organisme ont remar­qué que le corps pou­vait pro­duire ses pro­pres cannabi­noïdes, ces molécules du sys­tème nerveux qui amenuisent l’anxiété et la douleur.

Mais le mys­tère de l’addiction à la junk food n’a pas été com­plète­ment résolu. Les auteurs de l’étude se sont ren­du compte que les ali­ments sucrés ne provo­quaient pas les mêmes effets que les ali­ments très gras. Alors pourquoi avons-nous égale­ment du mal à nous con­tenter d’un seul bon­bon ou d’un seul bis­cuit au choco­lat ? De plus, si les sci­en­tifiques ont réus­si à com­pren­dre d’où venait l’addiction, ils ne sont pas par­venus à iden­ti­fi­er l’élément qui active l’endocannabinoïde.

Peut-on être aussi dépendant à la nourriture qu’à la drogue ?

Les chercheurs s’activent pour trou­ver l’origine de l’addiction aux chips. Mais, au fait, peut-on réelle­ment par­ler d’addiction ? En 2010, Paul John­son et Paul Ken­ny, du Scripps Research Insti­tute à Jupiter (Floride), ont con­fir­mé dans la revue Nature Neu­ro­science l’hypothèse selon laque­lle « l’obésité et l’addiction aux drogues se dévelop­peraient à par­tir de répons­es neu­ro-adap­ta­tives sim­i­laires dans les cir­cuits cérébraux impliqués dans la récom­pense ».

Dans un test réal­isé sur des rats, ils ont remar­qué que les ani­maux avaient « com­plète­ment per­du le con­trôle de leur com­porte­ment ali­men­taire, pre­mier signe de l’addiction ». Les rongeurs ont con­tin­ué à se sural­i­menter, même lorsqu’ils savaient qu’ils allaient recevoir un choc élec­trique.

Les géants de l’agroalimentaire font tout pour nous rendre accros

Si l’origine d’une éventuelle addic­tion aux chips reste floue, les inten­tions des indus­triels sont plus évi­dentes : les grands groupes de l’agroalimentaire ont tout intérêt à nous ren­dre accros à la junk food. Une enquête du New York Times parue le 20 févri­er 2013 sur le site du jour­nal lève le voile : les géants de l’agro dévelop­pent « un effort con­scient – que ce soit dans les lab­o­ra­toires, les réu­nions mar­ket­ings ou les couloirs des super­marchés – pour ren­dre les gens dépen­dants à la nour­ri­t­ure pra­tique et peu chère. »

Source : reponseatout.com


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